La solitude au travail : un fléau qui touche de plus en plus d’employés

LA SOLITUDE AU TRAVAIL : UN FLÉAU QUI TOUCHE DE PLUS EN PLUS D'EMPLOYÉS

Selon une étude réalisée par la SFL/IFOP pour la 6e édition du baromètre Paris WorkPlace*, près de 60% des salariés franciliens (Paris et petite couronne) se sentent parfois isolés au travail et 25% d’entre eux déclarent se sentir souvent coupés des autres. Au temps des réseaux sociaux et de l’hyperconnexion, la solitude au travail est un fléau qui touche pourtant de nombreux salariés.

Quand hyperconnexion va de pair avec un sentiment d’isolement au travail

Aujourd’hui, beaucoup de salariés communiquent avec leurs collègues, managers et clients via e-mails, téléphone, messagerie instantanée ou outils collaboratifs comme Slack. Pour ceux qui travaillent chez eux 5 jours sur 5, les échanges en face-à-face sont parfois très rares voire inexistants. Certains de ces freelances ou salariés en 100% télétravail ne connaissent pas les discussions entre collègues autour de la machine à café ou pendant les pauses déjeuner.

Mais si l’on a plutôt tendance à associer la solitude au télétravail, les salariés entourés de collègues et qui se rendent au bureau tous les jours peuvent eux aussi être touchés par ce sentiment de solitude, même ceux travaillant en open-space. En fait, tout le monde peut potentiellement ressentir ce vide relationnel à un moment donné dans sa carrière. Par ailleurs, l’hyperconnexion et l’absence d’interactions directes ont un impact négatif sur la sensation de bien-être au sein de l’entreprise et par extension sur la performance au travail.

Citée dans le Hays Journal suite à son rapport Workplace Loneliness and Job Performance, le professeur de Management Sigal Barsade de la Wharton School of Business estime que la sensation de solitude est une construction subjective propre à chacun, basée sur les besoins psychologiques et sociaux de chaque individu (en anglais : « Loneliness is a self-constructed assessment that an individual makes, based on their own psychological and social needs »). Elle ajoute que la solitude n’est ni liée à l’âge ni au genre mais dépend en fait de la perception de chacun. Un salarié entouré d’une dizaine de collègues peut ainsi se sentir plus isolé qu’une personne travaillant avec un seul collègue. En fait, c’est la qualité des échanges et de la relation qui comptent.

Malheureusement, la solitude est un sentiment à effet boule de neige qui se renforce souvent au fil du temps. Un salarié qui se sent seul va généralement se tenir à l’écart, sans entamer la conversation avec ses collaborateurs. De par leur comportement ces personnes se coupent encore plus des autres et par conséquent leur sensation d’isolement s’aggrave.

Quels sont les effets de cette solitude au travail ?

Cette hyperconnexion et ce sentiment de solitude affectent directement l’entreprise. Car plus la sensation de solitude est grande et plus le niveau de performance baisse, selon l’étude Paris WorkPlace de 2019*. S’ajoute à cela davantage de stress, une peur plus grande d’être licencié, une baisse de motivation et de confiance en soi, un niveau d’engagement et de bien-être en berne. Ne pas se sentir bien dans son environnement de travail mène dans les cas les plus extrêmes à une démission.

En outre, la sensation d’isolement a des conséquences sur la santé mentale de l’employé. En effet, se sentir coupé des autres peut provoquer des troubles anxieux ou encore une dépression, entraînant parfois des arrêts maladies. Le sentiment de solitude peut également détériorer l’ambiance globale au travail ainsi que les performances de l’équipe de ce salarié.

Pourtant, parfois, une seule relation de qualité avec un collègue ou un manager peut faire toute la différence. De bonnes relations humaines favoriseraient d’ailleurs la performance et de meilleurs résultats de l’entreprise.

Alors, comment peut-on lutter contre ce sentiment de solitude ?

Heureusement, ce sentiment de solitude n’est pas une fatalité et il existe des solutions que l’employeur, ou le salarié lui-même, peut mettre en place rapidement. L’objectif étant avant tout de renforcer les liens entre les collègues et d’apprendre à se connaître davantage.

Pour pouvoir agir, il faut tout d’abord savoir reconnaître ce trouble, que ce soit chez son employé ou un collègue, ou que cela nous concerne personnellement. Plusieurs signes peuvent alerter, comme par exemple une baisse de productivité ou de motivation. Les salariés plus réservés qui ne participent pas aux évènements sociaux de l’équipe ou aux conversations peuvent également être touchés. Les réactions agressives d’un employé envers ses collègues ou clients, ou encore une mauvaise réputation grandissante au sein de l’entreprise, doivent aussi alerter.

Pour améliorer cette situation délicate, des petits gestes simples qui vont favoriser les échanges au bureau peuvent être mis en place. Puisque parler tous les jours avec plusieurs collègues aide à réduire le sentiment d’isolement, on peut par exemple (quand on le peut) privilégier les discussions vidéos plutôt que les e-mails, ou encore mieux, les échanges en face-à-face. Par ailleurs, ne dénigrez pas les discussions légères (sur la météo, les actualités, vos animaux domestiques, etc.), elles aussi ont leur importance car elles créent du lien.

En ce qui concerne les salariés en télétravail, une idée est de venir au bureau une fois par semaine (si possible) pour favoriser le sentiment d’appartenance dans leur équipe ou leur entreprise. Ils peuvent aussi travailler de temps à autre dans des espaces de coworking (espace de travail partagé), d’ailleurs de plus en plus nombreux en France.

Enfin, l’entreprise ou les managers peuvent réfléchir à des actions pour préserver le bien-être de leurs employés et renforcer les liens entre leurs collaborateurs sur le long terme. On peut par exemple prendre l’habitude de demander à ses salariés ce qu’ils ont fait le weekend. Un cran au-dessus, on peut aussi aménager des espaces de détente où les salariés pourront se rejoindre pendant les pauses. Une autre idée est d’organiser régulièrement des évènements rassembleurs, notamment des sorties culturelles ou des activités de teambuilding, excellentes pour renforcer la cohésion de groupe.

Oualid Hathroubi, Directeur, en collaboration avec Noémi Capell. 

 

*Source :

Paris WorkPlace https://www.parisworkplace.fr/wp-content/uploads/2019/06/Etude-PWP-2019.pdf

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