L'AUTOMATISATION « ÉTHIQUE » EST-ELLE RÉALISTE ?

Par Olivier Pacaud, Directeur IT Perm, en collaboration avec Noemi Capell.

  • L'objectif global du déploiement d’un processus d’automatisation devrait être d'améliorer le travail des employés et de la société dans son ensemble. Des facteurs comme le bien-être et l'épanouissement personnel devraient être des objectifs primordiaux dans ce type de projet.
  • Sur le plan économique, l'automatisation doit entraîner une croissance nette de l'emploi. L'amélioration de la productivité devrait permettre de créer plus d'emplois qu'elle n'en détruit.
  • Il est essentiel que les travailleurs puissent acquérir des compétences rapidement et se mobiliser sans délai pour transformer leurs compétences de plus en plus redondantes en compétences émergentes très demandées.

En 1779, Ned Ludd, un tisserand d'Anstey, près de Leicester en Angleterre, casse deux machines servant à confectionner des bas dans un excès de rage. À cette époque, les actions de Ned font sensation : les ouvriers anglais du secteur du textile protestent alors contre les manufactures qui utilisent des machines de manière « frauduleuse et trompeuse », car ils craignent que le temps passé à apprendre les compétences de leur métier ne soit perdu, les machines venant à les remplacer au sein de l'industrie. Ces protestataires ont depuis été surnommés les « luddites ». Les sources ne s'accordent pas sur l’existence réelle de Ned Ludd, mais le terme « luddite » est aujourd'hui largement utilisé dans le monde anglo-saxon pour décrire les personnes réfractaires aux nouvelles technologies.   

Ned et ses camarades manifestants ne le réalisaient peut-être pas, mais ils assistaient à la première révolution industrielle, celle de la mécanisation, de la puissance de la vapeur et des métiers à tisser. Celle-ci a été suivie par une deuxième révolution industrielle avec la production de masse, l'électricité et les chaînes de montage. Les ordinateurs, l'électronique et les robots physiques ont donné naissance à une troisième révolution et nous sommes aujourd'hui à l'aube d’une quatrième révolution industrielle : celle de l'automatisation intelligente, de l'IA et de l'Internet des objets.

L'automatisation est la clé de la productivité future. Ned a peut-être perdu son emploi de tisserand, mais si les manufacturiers des Northern Mills n'avaient pas adopté les métiers à tisser, il est évident que beaucoup d'autres ouvriers auraient fini par perdre leur emploi par manque de compétitivité de l'industrie anglaise. Nombre de personnes pensent que l'automatisation est une nécessité pour préserver notre compétitivité et faire croître notre économie, mais pouvons-nous remplacer les travailleurs par des logiciels tout en ayant la conscience tranquille ?
 

L'automatisation éthique au cœur de la quatrième révolution industrielle

En effet, alors que nous entrons dans la quatrième révolution industrielle, l'histoire se répète et la problématique des pertes d'emploi comme conséquence de l'automatisation est de nouveau au goût du jour. Le Forum économique mondial a déjà estimé que le nombre d'emplois engendrés par une automatisation accrue d'ici la fin 2023 sera supérieur à celui des emplois perdus.

Le gouvernement britannique admet que des offres d'emploi seront créées tandis que d’autres métiers viendront à se raréfier : « Le risque auquel nous sommes confrontés n'est pas une prise de contrôle de nos lieux de travail par des robots. C’est la réticence des entreprises et du gouvernement à emprunter la voie de la quatrième révolution industrielle qui laisse les autres nations prendre l’initiative et tirer parti des avantages offerts par les nouvelles technologies, notamment en termes de croissance et de création d’emplois, tandis que nous resterons immobiles sur le bas-côté » (source : Automation and The Future of Work, Aaron Benanav). De même, la volonté de la France de préserver sa compétitivité dans le secteur industriel a conduit à investir massivement dans les individus et dans les technologies.

Les pays qui s'engagent sur cette voie peuvent également découvrir d'autres avantages pour leur population. En Thaïlande, par exemple, le gouvernement prévoit d'utiliser des solutions technologiques pour permettre aux citoyens des régions reculées du pays d'accéder aux services publics afin de réduire les inégalités. Pendant ce temps, le ministre allemand de l’Économie et de l'Énergie, Peter Altmaier, dirige un projet qui impliquera le grand public dans le processus d’innovation technologique de l’Allemagne de manière à éliminer tout scepticisme et à garantir la transparence dans tous les aspects de son développement.
 

« Les ordinateurs, l'électronique et les robots physiques ont donné naissance à une troisième révolution et nous sommes aujourd'hui à l'aube d’une quatrième révolution industrielle : celle de l'automatisation intelligente, de l'IA et de l'Internet des objets. »

Des facteurs socio-économiques à prendre en compte

L'un des défis socio-économiques de l'automatisation réside dans l’inégalité de ses conséquences selon les différentes catégories sociales. L’automatisation a tendance à se déployer plus facilement dans les secteurs les moins qualifiés en raison de la nature répétitive du travail. Il incombe à toutes les personnes participant à la mise en œuvre d'un projet d’automatisation d'en prendre la responsabilité et d'atténuer les impacts économiques négatifs de ces programmes.

Pramod Khargonekar, vice-président en charge de la recherche à l'université de Californie à Irvine aux États-Unis, et Meera Sampath, vice-présidente associée de la recherche à l'Université d’État de New York, ont rédigé un article sur ce sujet intitulé Socially Responsible Automation : A Framework for Shaping the Future (Automatisation socialement responsable : une approche pour façonner l’avenir).

Dans ce document, les auteurs affirment que l'automatisation peut tout à fait exercer une influence positive sur l'humanité, mais que cela nécessite, de la part des entreprises, une transformation par niveau visant à atténuer les conséquences socio-économiques :

Niveau 0 : L’automatisation centrée sur les coûts. Au niveau le plus bas de la pyramide, l'objectif principal est d'obtenir un bénéfice financier. À l’origine de pertes socio-économiques élevées, ces programmes ne parviennent pas à obtenir le soutien de la main-d'œuvre et rencontrent une résistance tout au long de leur cycle de vie.

Niveau 1 : L’automatisation centrée sur les performances. Cette approche tient compte de l'interaction humaine avec l'automatisation. Au sein du processus, les employés prennent des décisions en fonction de leur expérience ou agissent lorsque le processus dépasse les capacités des robots. Si l'objectif principal se concentre désormais sur la performance globale plutôt que sur la réduction des coûts, il n’y a pas de valeur réelle en matière de bien-être des employés ou d’avantages sociaux. Le profit reste le moteur principal.

Niveau 2 : L’automatisation centrée sur les travailleurs. À ce niveau, l'entreprise a conscience des répercussions de l'automatisation et agit notamment pour améliorer le bien-être du personnel plutôt que pour augmenter les profits de l’entreprise. L'objectif est d'encourager de nouvelles formes de développement au sein des salariés. Si cette approche est axée davantage sur la main-d’œuvre, la stratégie de l’entreprise ne prend pas en compte les conséquences économiques et sociales plus globales.

Niveau 3 : L’automatisation socialement responsable. Au sommet de la pyramide, le bien-être de la société est essentiel. L'automatisation entraîne une spécialisation du personnel grâce à la croissance et à la productivité, et les robots sont conçus pour accompagner les humains dans la conduite de ces fonctions. Les chefs d'entreprise s'engagent à créer de nouvelles sources de revenus et à développer la croissance.

Nous ne devons pas craindre l'automatisation en soi, mais il nous faut rester vigilants quant à ses répercussions et agir avec conviction et engagement pour veiller à ce qu'elle produise des effets positifs pour l'ensemble de la société, et pas seulement pour quelques privilégiés.
 

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Auteur

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Directeur IT Perm France & Luxembourg
 

Diplômé d’un Master en école de commerce à Strasbourg, Olivier a rejoint Hays en 2015 en tant que Consultant IT. Recruteur Tech expérimenté, il a été récompensé en interne à plusieurs reprises pour ses performances individuelles, et a notamment reçu le prix du meilleur Consultant IT Hays France et Luxembourg à trois reprises. Après avoir été Manager commercial spécialiste du marché du numérique en France, Olivier occupe actuellement le poste de Head of Tech perm Recruitment France & Luxembourg.

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