Micro-pauses : et si la performance passait par le fait de s’arrêter ?
5 mins de lecture | Melissa Diakhate & Amandine Sales | Article | Bien-être

Hyperconnexion, notifications incessantes, réunions qui s’enchaînent, journées fragmentées, pression de disponibilité permanente…
En 2026 , le principal risque au travail n’est plus le manque d’activité. C’est la saturation cognitive.
Dans ce contexte, la question centrale n’est plus de travailler plus vite ou sur le long terme, mais de préserver son énergie mentale pour rester performant. Si la loi française impose une pause de 20 minutes après six heures de travail, une autre pratique, beaucoup plus discrète mais redoutablement efficace, gagne du terrain : les micro‑pauses.
Les pauses régulières et faciles à intégrer, elles pourraient bien être l’un des leviers les plus simples — et pourtant sous‑estimés — pour rester efficace sans s’épuiser.
Notre cerveau n’est pas conçu pour fonctionner en continu
L’idée qu’il serait possible de maintenir sa concentration pendant des heures est aujourd’hui balayée par les avancées en neurosciences . Notre cerveau fonctionne en réalité selon deux modes complémentaires :
1. Le mode focus : l’attention mobilisée
C’est le mode que nous activons lorsque nous analysons, produisons, résolvons un problème ou apprenons quelque chose de nouveau.
Il demande beaucoup d’énergie, de ressources cognitives et sollicite fortement le cortex préfrontal.
2. Le mode diffus : l’état où le cerveau respire
Ici, l’esprit relâche la pression. Il traite l’information accumulée, consolide les apprentissages, fait émerger des idées, des associations, des intuitions.
C’est souvent dans ces moments de lâcher‑prise que jaillissent les bonnes solutions, celles qu’on ne trouve pas en restant bloqué devant son écran.
Les pauses servent de passerelle entre les deux modes
Elles permettent de basculer d’un état à l’autre et d’opérer une véritable “digestion mentale”, essentielle à la qualité du travail.
À cela s’ajoute un autre facteur déterminant : nos ressources suivent des rythmes ultradiens. Toutes les 90 minutes environ, la physiologie commence naturellement à fatiguer. Au‑delà de ce seuil, la concentration s’effondre, les erreurs augmentent, la motivation baisse et la prise de décision devient moins pertinente.
Et le corps dans tout ça ?
Les effets ne sont pas uniquement cognitifs.
Rester assis longtemps, ou répéter les mêmes gestes, entraîne tensions musculaires, douleurs, fatigue visuelle, raideur cervicale et baisse de tonus global.
Quelques minutes pour se lever, s'étirer ou simplement changer de posture suffisent souvent à relancer l’énergie.
Les micro-pauses, une réponse réaliste aux journées chargées
Dans les agendas saturés, il peut sembler irréaliste de prendre de longues pauses. Les micro‑pauses offrent alors une solution adaptable, fluide et non intrusive.
Qu’est‑ce qu’une micro‑pause ?
Ce sont des interruptions très brèves - de quelques secondes à 2 ou 3 minutes - destinées à relâcher instantanément la pression.
Elles peuvent prendre différentes formes :
- reposer son regard au loin pendant 20 secondes,
- réaliser quelques respirations profondes,
- étirer le dos ou les poignets,
- marcher quelques pas,
- boire un verre d’eau,
- relâcher les épaules,
- bouger les yeux pour réduire la fatigue visuelle,
- se détacher de l’écran le temps d’un reset mental.
Que dit la recherche ?
Une méta‑analyse publiée dans PLOS One, couvrant 22 études, montre que les pauses de moins de 10 minutes :
- réduisent la fatigue,
- améliorent le niveau d’énergie,
- stabilisent l’attention,
- soutiennent le bien‑être global.
Elles améliorent l’état mental sans nuire à la performance de l'activité professionnelle, ce qui les rend particulièrement adaptées aux environnements à forte intensité cognitive ou aux tâches répétitives.
Pour les missions stratégiques ou créatives, des pauses plus longues restent indispensables. Mais dans le quotidien opérationnel, ces moments courts préviennent efficacement la dégradation progressive de l’attention.
Pourquoi les micro‑pauses fonctionnent aussi bien ?
Parce qu’elles respectent trois réalités du travail moderne :
- La fragmentation des journées : elles s’intègrent facilement entre deux tâches.
- La pression temporelle : elles prennent peu de temps et ne donnent pas l’impression de “perdre” de la productivité.
- La fatigue numérique : elles compensent les effets nocifs de l’hyperconnexion.
Elles sont également très utiles pour les métiers hybrides ou en télétravail, où les frontières sont plus poreuses et les temps de récupération moins naturels.
En 2026, la performance se mesure aussi à la gestion de l’énergie
Le rapport au travail évolue profondément. Après plusieurs années marquées par une culture du “toujours plus” - souvent appelée Hustle Culture - les organisations prennent conscience d’un nouvel impératif : la performance durable.
L’intensification cognitive change la donne
Entre la multiplication des outils, la surcharge d’informations et les interruptions continues, l’épuisement mental est devenu un risque majeur. Les collaborateurs ne manquent pas de travail : ils manquent de ressources attentionnelles.
Les micro‑pauses offrent une réponse simple, pragmatique et efficace à ces nouveaux enjeux.
Un enjeu RH stratégique
Les entreprises qui encouragent la récupération régulière :
- diminuent le risque de burnout,
- améliorent la concentration globale,
- renforcent l’engagement,
- instaurent une culture plus saine et plus humaine,
- attirent et retiennent mieux les talents.
Dans un contexte de tensions sur les compétences et d’exigence accrue en matière de santé mentale au travail, promouvoir les micro‑pauses est devenu un avantage concurrentiel. Notre dernière étude de rémunération le confirme : la qualité de l’environnement de travail et la capacité à éviter la surcharge cognitive comptent désormais autant que le salaire dans l’attractivité d’une entreprise.
S’arrêter pour mieux avancer
En 2026, rester performant ne signifie plus être connecté en permanence. Cela signifie gérer son énergie avec autant d’attention que son agenda.
Les micro‑pauses ne demandent aucun outil, aucune organisation complexe, aucun investissement. Elles introduisent simplement des respirations dans la journée de travail, permettant au cerveau et au corps de fonctionner à un niveau optimal.
Dans un environnement où l’attention est devenue une ressource rare et précieuse, quelques secondes de pause peuvent faire la différence entre : une journée subie, faite de fatigue progressive, et une journée productive, maîtrisée, plus fluide.
Aujourd’hui, la vraie question n’est plus : peut‑on se permettre de faire une pause mais : peut‑on encore se permettre de ne pas en faire ?
À propos de l'auteur
Amandine SALES – Head of Développement RH chez Hays France, Luxembourg et Maroc
Diplômée d’un Master en Ressources Humaines, Amandine accompagne les organisations dans le développement des compétences depuis plus de 18 ans, dont près de 10 ans au sein de Hays.
Tout au long de son parcours, elle a contribué à structurer et piloter des dispositifs RH à fort impact, au service de la performance et de l’engagement des collaborateurs.
Aujourd’hui, Amandine supervise le pôle Formation, Talents & Projets RH pour les périmètres France, Luxembourg et Maroc.