COMMENT LES ENTREPRISES DE LA TECH PEUVENT-ELLES S'ENGAGER POUR UN AVENIR PLUS VERT ?

Par Pierre Gromada, Directeur Technology Solutions France & Luxembourg, en collaboration avec Noemi Capell.

Lorsque nous parlons de crise climatique, nous ne discutons pas d'événements qui se produiront dans plusieurs années : nous parlons de la situation actuelle. Il est de la responsabilité des entreprises de garantir un présent et un avenir plus respectueux de l’environnement car, malgré les inquiétudes soulevées par un grand nombre de dirigeants, les avantages qui en découleront sont très nombreux.

Dans ce contexte, des dirigeants de sociétés de la Tech à travers le monde ont accepté de partager leurs expériences et les actions engagées en faveur d'un monde plus vert.
 

Pourquoi les entreprises doivent réaliser leur transformation écologique dès maintenant

Au Royaume-Uni, N2S œuvre pour le recyclage et la réutilisation des équipements technologiques afin de réduire la consommation des ressources naturelles. Ces dernières années, Andy Gomarsall, Executive Chairman de N2S, a constaté que ce travail était de plus en plus apprécié et il estime que la réputation d'une entreprise pourrait souffrir d’une mauvaise politique environnementale.

Il s’explique : « La traçabilité des matériaux est désormais au cœur de toutes les discussions, et c’est tout à fait normal. Si vous remarquez que l'un de vos partenaires potentiels ne s’y intéresse pas, vous ne devriez pas travailler avec lui. Ce qui est sûr, c’est que si vous ne prenez pas le sujet au sérieux, les actions de votre société ont de grandes chances de chuter. Personne ne voudra travailler pour vous et vous disparaîtrez tout simplement du marché. »

Linian Li est General Manager de Modern Water pour la région Grande Chine. L’entreprise propose des services et des technologies de surveillance de la qualité de l'eau. Mme Li est du même avis que M. Gomarsall et elle affirme qu’à l’avenir, il faudra prendre en compte d’autres opinions que celles des employés et des partenaires : « La transformation de l'image des entreprises est devenue un facteur essentiel à l’augmentation des ventes, et les produits respectueux de l'environnement sont plus appréciés des consommateurs ».

« Le recyclage des ressources réduit également considérablement le coût de production de l'entreprise. Dans le passé, les entreprises avaient l’habitude de penser que les investissements dans la mise en conformité aux exigences environnementales réduisaient les marges d’une société. »

ESUS Mobility est l’une des start-ups mises en lumière en 2021 par le concours Super Connect for Good dans les catégories CleanTech et Industry Challenge. Située à Valence, en Espagne, l'entreprise produit des scooters et des véhicules électriques destinés aux secteurs de la livraison. Il est donc essentiel qu'elle puisse promouvoir ses produits comme des alternatives viables.

William Venturim, CEO, résume le défi auquel sa société fait face : « Comment convaincre des entreprises qui travaillent parfois avec les mêmes véhicules depuis 10 ou 20 ans de faire appel à nos services ? Comment les convaincre qu'il existe désormais une meilleure manière de faire, moins coûteuse et plus respectueuse de l'environnement ? »

Pour Venturim, la réponse est simple : « Si vous prouvez que l’écologie est moins chère, tout le monde devient respectueux de l'environnement ! »

iChoosr a fait ses débuts il y a 14 ans aux Pays-Bas et en Belgique. L’entreprise développe désormais ses opérations au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Japon. Elle organise des achats groupés pour des technologies durables telles que les panneaux solaires afin de permettre à des centaines de milliers de personnes d'accéder facilement et à moindre coût à ces équipements.

Cela implique non seulement de se connecter directement aux consommateurs, mais aussi aux communautés.

Irsan Widarto, CTO, explique : « Nous devons travailler avec des parties prenantes supplémentaires, des leaders communautaires, comme l’Autorité du Grand Londres au Royaume-Uni ou l'Association des propriétaires aux Pays-Bas. Ils travaillent avec nous parce que notre histoire est profondément ancrée dans l’écologie. Nous ne pouvons pas faire du greenwashing, car nous perdrions la confiance de ces ONG et des instances dirigeantes. Ce serait aussi grave que de perdre des clients ».
 

« Notre génération est si chanceuse, il nous suffit d’aller sur Internet pour apprendre. Je passe la plupart de mon temps sur LinkedIn à transmettre des informations, à éduquer et à partager certaines des histoires qui m'ont choqué. Donc, avant toute chose : allez apprendre et comprendre. Cela ne veut pas dire qu'il vous faut absolument devenir un expert, mais que vous pouvez simplement connaître et comprendre. »

 

Greenwashing

En échangeant avec ces leaders de la tech, il devient rapidement évident que le greenwashing est un problème majeur. Le greenwashing consiste, pour une entreprise, à tromper les consommateurs et les partenaires sur son engagement en matière de respect de l'environnement.

C'est un sujet qui tient à cœur à Andy Gomarsall : « Je ris jaune chaque fois que je vois certaines entreprises vanter le caractère écologique de leurs produits. Mais c'est le principe du marketing, non ? Ne jamais laisser la vérité faire obstacle à une bonne histoire ! »

« Dans le secteur de la tech, il y a un comportement que je qualifierai de “pure ignorance béate” ». Il résume ainsi : « Je ne veux pas t'écouter, Andy. Je sais que ce qu’on fait est mal, mais je veux continuer de faire comme si de rien n’était. »

Après cinq années chez iChoosr, M. Widarto est catégorique : « Ne faites pas de greenwashing. Avouez honnêtement que vous n’êtes pas encore arrivés au bon stade. Selon moi, il est bien plus judicieux de ne pas raconter d’histoires que de raconter des mensonges. De nombreuses grandes entreprises sont en difficulté parce qu'elles n'ont pas encore de bonnes histoires à raconter et qu'elles les inventent. J'ai deux enfants de 19 et 22 ans : ils voient clair dans leur jeu. Ils n'achètent pas leurs produits. Je pourrais tomber dans le piège, mais pas eux. C’est leur génération qui va le plus souffrir de ce que nous et nos prédécesseurs avons fait. Nous manquons parfois de vision, mais pas eux. »
 

Pourquoi vos employés attachent-ils de l’importance au développement durable et en quoi cela est-il profitable ?

Pour M. Widarto, il est évident que les entreprises doivent mettre en avant leur politique environnementale lorsqu'elles embauchent de nouveaux collaborateurs, en particulier ceux qui entrent tôt dans la vie active.

Il s’explique : « Une révolution est en train de se produire. Je le vois surtout chez les jeunes générations : elles pensent que le travail doit correspondre à leurs valeurs et à leurs objectifs de vie. En tant que recruteur, je peux essayer d’embaucher un Développeur en avançant qu'il ne devra travailler que 40 heures par semaine et qu’il sera bien payé. Mais ce ne sera pas suffisant : il peut trouver la même offre n'importe où. »

« De nombreux employés d’iChoosr sont passionnés par le développement durable. Vous savez à quel point le secteur de la Tech est concurrentiel en Europe. J’ai beaucoup de mal à trouver des Développeurs. Notre petit plus, c'est que nous aidons les consommateurs à être plus respectueux de l’environnement, ce qui, finalement, contribue à rendre le monde meilleur. »

Et ce ne sont pas que des mots. Afin de prouver l’importance des valeurs de son entreprise, M. Widarto souligne la relation entre iChoosr et l'Université des sciences appliquées et des arts d'Anvers, et les étudiants le contactent régulièrement pour obtenir un stage ou un poste. Chaque année, il accueille au moins deux personnes de l'université.

M. Gomarsall poursuit en avertissant les entreprises qui ne parviendraient pas à donner la priorité au développement durable : « La prochaine génération grandit dans une révolution verte. Le changement climatique est présent dans les programmes scolaires. Votre société devra faire face à une génération qui tirera ses questions à bout portant : “Quels sont vos objectifs en matière de développement durable ? Quels sont les chiffres que vous visez ? Pourquoi devrais-je rejoindre votre entreprise et, surtout, que faites-vous pour sauver notre planète ?” »

Le recrutement de collaborateurs engagés présente de nombreux avantages. Mme Li cite un exemple vécu par sa propre entreprise lorsqu’un employé a proposé un partenariat profitable à toutes les parties : « Modern Water China intègre le développement durable dans ses indicateurs d'évaluation du personnel et nous sommes ouverts aux bonnes idées des employés relatives aux actions d'intérêt public et de protection de l'environnement, auxquelles la jeune génération prête particulièrement attention. Il y a quelques années seulement, notre Ingénieur d'application, Jie Li, nous a présenté à MyH2O, une ONG chinoise qui se consacre à l'amélioration de la qualité de l'eau potable dans les régions rurales de Chine. Il avait été bénévole pour cette ONG pendant ses études universitaires. »
 

S'attaquer à la crise climatique

Mme Li affirme que les sociétés ne devraient pas mettre en œuvre des solutions rapides pour s'attaquer à la crise climatique : « Les chefs d'entreprise doivent établir une vision et un ensemble de valeurs précis, mais aussi intégrer une stratégie et des pratiques durables dans toutes les opérations afin de garantir un avenir pérenne à leur organisation. »

Il faut aussi se rappeler que la passion ne vaut pas toujours l'expertise, quand bien même vous et vos employés seriez désireux de vous engager. Comment les dirigeants peuvent-ils acquérir de nouvelles connaissances et comment peuvent-ils encourager leur personnel à faire de même ?

M. Gomarsall résume son expérience : « Notre génération est si chanceuse, il nous suffit d’aller sur Internet pour apprendre. Je passe la plupart de mon temps sur LinkedIn à transmettre des informations, à éduquer et à partager certaines des histoires qui m'ont choqué. Donc, avant toute chose : allez apprendre et comprendre. Cela ne veut pas dire qu'il vous faut absolument devenir un expert, mais que vous pouvez simplement connaître et comprendre. »

Ce n'est qu'un petit pas, mais il peut mener à un avenir bien plus radieux.
 

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Pierre Gromada
Directeur Hays Technology France & Luxembourg

Diplômé d’école de commerce, Pierre a rejoint Hays en 2012. Il a fait partie de l’équipe fondatrice de la branche IT Services de l’entreprise. 
Pierre possède 14 ans d’expérience. Il a démarré sa carrière en Banque sur des fonctions d’Account manager avant d’évoluer vers du pilotage de projets et d’équipes. Il découvre en 2008 le monde du conseil en occupant le poste de Consultant pour une société de services en prestation RH. Quelques années plus tard, il rejoint les rangs d’une multinationale du secteur de la communication/média pour manager une équipe de 30 personnes au sein d’un département spécialisé en outsourcing de service client. Passionné d’entrepreneuriat, il s’établit fin 2012 à Luxembourg, où il rejoint les équipes de Hays afin d’ouvrir la branche Contracting services du groupe. Entre 2012 et 2016, il remporte plusieurs titres de meilleur Account manager et prend la tête du département qu’il a créé sur le périmètre luxembourgeois. En 2016, Pierre reprend le management de la branche recrutement permanent et en 2017 la direction de Hays au Luxembourg. Son credo est l’alliance entre la performance et la qualité de service. Avec une croissance à deux chiffres depuis 10 ans, Hays est devenu le 1er acteur du recrutement spécialisé au Luxembourg et, en 2020, Hays Luxembourg fut élu Numéro 1 au classement des Great Place to Work Luxembourg. Depuis 2021, Pierre est également le responsable de la branche Technology Solutions au niveau national pour la France et le Luxembourg.

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